Ma pratique me permet de plus en plus d’apprendre à me retrouver dans une état d’acceptation de ce qui est. Cela ne signifie pas que je sois dans l’abnégation. Cela veut dire que le yoga est un guide vers le détachement. J’entends ici le détachement à l’obtention d’un résultat, de la tension, de la recherche d’une réponse ou d’une situation à tout prix. Oui, j’ai des intentions et de objectifs et je veux les atteindre. Cependant, si je m’attends à ce que mes efforts se concrétisent comme je le veux, quand je le veux, je suis dans l’attachement. J’ai confiance que mon travail portera les fruits à maturité au moment ou je serai en mesure de les savourer ; avec cette attitude je m’installe dans un espace de non-attachement tout en restant à l’affût des signes et des possibilités qui s’offrent à moi. Est-ce si facile ? Non. Bien sûr que non. Le yoga est un travail personnel avant tout. Personnel à un certain niveau mais surtout transpersonnel ; au moment ou la conscience fait transcender l’être et le guide vers la voie de la réalisation personnelle, de la transcendance du MOI vers le SOI. Et ce qui n’est pas si facile, c’est d’oser, oser aller vers l’inconfort, explorer, sentir et ressentir … souvent le malaise, la souffrance et la peur. Après tout, c’est accepter sa vérité comme fondamentale. Ma vérité, c’est ce qui est vrai pour moi maintenant, en ce moment et ... ça change. Oui, tout change. La vérité, ça part de soi d’abord, c’est être vrai avec soi-même et pour cela, il faut oser.
J’entends quelques fois des commentaires qui me blessent ou qui m’indignent. Certains pensent que pratiquer le non-attachement c’est faire tout glisser sur sa peau comme sur le pelage d’un canard. Ne pas se laisser atteindre et devenir inébranlable. Il n’en est pas ainsi. La souffrance est une réalité commune à tous les hommes, sans égard à la pratique spirituelle choisie ; la philosophie bouddhiste en fait l’enseignement. Le travail du yogi est d’apprendre à vivre dans un inconfort et d’y rester et ce, sur le tapis et dans nombreuses situations de la vie. Non, ce n’est pas une question d’être à l’abri des blessures, des injustices ou de la persécution d’autrui. Celui ou celle qui se promène avec son bouclier fait de sa vie une résistance qui persiste par le fait même de se débattre. Résistance : Le Petit Robert, II. (Action Humaine) 1. Action par laquelle on essaie de rendre sans effet (une action dirigée contre soi). Est-ce humainement possible ? Non. Cependant, je ne veux pas souscrire ici à l’adage
No pain, no gain. Selon moi, ce n’est pas par cette voie là que la souffrance fait place à la résilience.
Can’t feel, can’t heal : voilà comment le ressenti conscient fait place à l’ouverture, à l’acceptation, à la compassion, enfin, à l’Amour pour soi, pour autrui, pour la vie.
Namaste
Révérence à Pierre Bélisle pour ses enseignements.